ARRIVÉE
Postée sur le côté de l’entrée du
souterrain reliant les quais à la gare,
passage obligé de tous les voyageurs vomis par le Nantes Quimper,
je poireautais, détrempée par l’humidité insidieuse.
Comme tous les ans, la grisaille soutenue de l’automne érodait
malignement toutes les intentions de ma vie.
Je guettais Yann, triturant des yeux la foule des rapatriés
du week-end,
Accrochant les regards, à la recherche du sourire Irradiant
son visage.
Le quai se dépeuplait et l’inquiétude germait
dans mes entrailles.
Subitement des mains caressantes, mais résolues, se glissent
sur mes épaules, me retournent, en même temps qu’une
bouche large et rebondie se colle comme une ventouse contre ma bouche.
Une anguille écarte mes lèvres et me pénètre
sans violence tant la surprise me laisse docile et consentante après
l’attente.
Quand l’avaloir se décolle de moi. Je suis en partie préparée
par la légèreté savoureuse du parfum.
Elle possède une beauté franche et sans artifice, mais
je ne la connais pas.
«
Oh ! Excusez-moi ! De dos, je vous ai prise pour ma copine, je suis
vraiment désolée. Je ne sais pas quoi dire. »
Moi non plus je ne dis rien. Je me consume sur place, l’incendie
au ventre. Je tremble légèrement, comme après
avoir pris une décharge électrique. Je suis dans sa
bulle.
Ne sachant trop pour quelle attitude opter, je souris, faussement
naïve
:«
Ce n’est pas grave, ça peut arriver à tout le
monde. »
Nous pouffons ensemble, détendant l’espace qui nous entoure,
mes prunelles verrouillées sur ses yeux noirs et brûlants.
Son amie n’est pas dans le train et le mien non plus.
Cela laisse un peu de temps pour nous goûter.
Jusqu’au prochain TGV, demain matin…
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