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ACTE 4 FICHE n° 05

Semaine 05

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ABAT JOIE
C’est son odeur qui m’avait trouvé avant de la voir.
Il y avait certainement plus de trois cents spécimens de nuit dans la salle envahie par les exhalaisons de tabac chaud et froid, de beu, de shit, les relents de parfums mixés aux émanations dites intimes, les effluences de bière et d’alcools forts.
Pourtant C’est sa fragrance au sein du mélange qui me guida.
Une odeur douce et puissante, un mariage de transpiration et d’épices, un panachage de vent et de terre, d’iode et de foin coupé. Un truc indéfinissable prenant à la gorge. Pas pour te repousser mais pour t’entraîner dans les méandres de ses effluves charnels. J’ai même pensé en rigolant à un milk-shake à l’huître. Cela paraît dégueulasse, mais c’était tout l’inverse, j’en aurais bu des litres. Je voulais mettre, mon nez dedans.
Une odeur vraie. Des centaines d’odeurs vraies, des milliers de voyages des sens, des millions d’images prenaient corps à la vitesse lumière.
Pour notre temps où la culture occidentale s’attache en permanence à gommer
la moindre émanation corporelle, les senteurs de cette femme-parfum l’élevaient au rang de déesse, perdue dans un monde fade et sans saveur.
Je l’ai idolâtrée.
C’était notre première rencontre.
En trois ans, elle m’en a fait voir de toutes les couleurs et humer de tous les vents.
D’amant d’un soir, je suis devenu son esclave d’intérieur, homme à tout faire, domestique lors des fêtes, chauffeur porteur pour le shopping. J’assistais à toutes ses conquêtes et je me félicitais de la place privilégiée qui était la mienne.
Je l’aimais pour elle, pour sa vie, pour ce bouquet changeant et permanent qui affolait mes sens.
Il y a quelques jours son odeur se modifia légèrement, je l’ai perçu dès le début. Comme si certaines molécules de la composition magique s’éventaient.
Ce matin, c’était pire que tout, elle flairait le poulet de supermarché, la puanteur qui vient des abats deux jours après l’expiration du délai de consommation.
Je l’ai désertée, elle n’a pas compris. Mais pour rien au monde je ne veux orchestrer la mort de mes sentiments ou leurs mutations.
Demeurons sur un bon souvenir.