GRAND
MAG
Il me prit en chasse au rayon « linge de maison » des
galeries Lafayette.
La trentaine fixait les ondulations bleutées de sa coiffure
dans un débraillé soigneusement répété.
Ses yeux tristes de » latin lover » flirtant avec l’impossible
amour réfléchissaient les électricités
du grand magasin. Et ses lèvres, qui l’affiliaient au
héros de Bilal, éveillèrent inévitablement
ma curiosité désireuse.
Après quelques échanges de regard, candide pour ma part et catégorie « ais
confiancesssss… » de la sienne, je m’accordais de lui offrir
sa chance. Permettre au traqueur de plonger dans le traquenard de la proie
est un de mes riches ravissements.
Vient vite me manger mon grand loup.
Innocemment je l’ai tiré dans ma trace vers le rayon lingerie.
En bon guerrier de bazar, il a déclenché l’attaque devant
les présentoirs de bas. « Me permettriez-vous de gainer vos jambes
de déesse de cette soie sauvage ? » Il ne doutait de rien. C’était
parti, en voiture Arthur…
Deux heures plus tard, entièrement dévêtue j’exécutai
trois tours de son « deux-pieces-cuisine » avant de retrouver ma
culotte. Je me rhabillais sans me laver. J’aime exagérément
conserver sur mon corps le fumet de la ripaille charnelle comme un trophée
de la journée.
J’allumais une cigarette au moment où il sortait de la salle d’eau.
«
Ne fumes pas chez moi s’il te plait ! Je ne tiens pas à attraper
le cancer et que mon appart remugle comme un wagon de TGV. Tu comprends ? En
plus c’est
vulgaire une femme qui fume. » Le ton méprisant du donneur de leçon.
Je n’en croyais pas mes oreilles. Le rideau baissé, les coulisses étaient
affligeantes. Les transferts d’intolérance contre les fumeurs, devraient
nous alarmer. Ce n’est pas le fait de ne pas finir ma cigarette qui me
douchait, je ne suis pas une grosse fumeuse. Ce qui m’irritait profondément,
c’est que je sentais qu’il entamait la rupture sous ce prétexte
crétin.
«
Sais-tu combien de paquets de cigarettes, il faut fumer pour arriver à l’équivalent
de ce que recrache ton cabriolet au démarrage ? » lui ai-je exposé sans
hausser la voix. Il n’a pas compris ce que je défendais, je l’ai
lu sur les plis de son front. Ce n’était pas le moment de faire
des parallèles sur qui pollue le plus ?
Il s’en moquait. Il souhaitait surtout me voir abandonner l’endroit
au plus vite.
Je me suis rapprochée, riante, des beaux yeux du tombeur et j’ai écrasé ma
cigarette dans sa bouche de con restée entrouverte.
«
Tu as oublié de dire merci, mon grand loup »
Heureusement que j’étais déjà parée. Esquivant
son coup de poing de justesse, je me suis catapultée dans la cage d’escalier.
Sa langue devait le faire atrocement pâtir parce que ses « salope
! Pétasse ! Tarée ! » et autres délicatesses, étaient
grommelées sans virilité.
Dommage, mais je n’ai pas l’intention de laisser des modes politiciennes
devenir des critères de rupture.
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