HORMONALEMENT
INCORRECTE
Depuis que je suis enceinte, je me contrôle difficilement.
Jour après jour, proportionnellement à l’évolution
de la grossesse, mon désir de chair masculine s’est amplifié…Au
début, je ne m’intéressais qu’aux beaux garçons… Je
les allumais du regard, un léger sourire, lèvres entrouvertes
pour preuve d’innocence. Mais je ne passais pas à l’acte.
Je me contentais de me rattraper bestialement, le soir, avec mon mari
qui me découvrit sous un nouveau jour.
Dés le quatrième mois, il Travailla de plus en plus tard
le soir pour se défendre de mes appétits. Tentative vaine,
je l’attendais impatiemment, quelle que soit l’heure, et
ne le laissais s’endormir qu’après mon contentement
total.
Il dépérit à vue d’œil. La démone que
j’étais buvait sa vie.
J’eus beau lui servir des huîtres, des moules à la crème
et au gingembre, arrosé de vins au bouquet magique, etc. Son teint grisonnait
et ses yeux bleus imploraient grâce en permanence. Il s’endormait
sur son fauteuil devant les actualités, soupirant en gémissant
pendant son sommeil, comme un vieux labrador. Notre médecin de famille
instaura un couvre-feu : repos et cure de vitamines en tout genre. Je ne voulais
pas sa
mort,
je l’aimais vraiment.
Vers le sixième mois, la masturbation ne suffit plus à calmer la
torture du désir permanent. Je regardais tous les hommes, facteur, boucher,
médecin, ami de mon mari, chauffeur de bus, voisins, comme des solutions
concrètes. L’âge
n’était plus une barrière, le physique non plus. Pas que
j’eusse accepté n’importe
qui, mais
ma fourchette de sélection s’élargissait avec mon inflammation
grandissante.
Je bavais devant la vitrine des plaisirs. Nous voulions un enfant par amour
l’un
de l’autre, pour donner un prolongement à notre histoire, pour vivre
cette expérience de la vie. Jamais je n’avais envisagé que
cela me métamorphoserait en nymphomane.
Pour en finir j’ai tout raconté à mon mari et curieusement
cela l’a soulagé. Il avait peur de ne jamais avoir décelé mon
vrai visage. Après une nuit de débat entrecoupée d’interludes
variés, il m’a conseillé de consulter un acupuncteur chinois
qu’il connaissait de réputation. Il faisait des miracles dans
le milieu sportif.
Avant le premier rendez-vous, je vécus dix-sept jours sur le mont des
tentations.
Je devins sensible aux charmes des femmes presque autant qu’à celui
des hommes.
C’est à un « Jaky Chang » acupuncteur d’une cinquantaine
d’années que j’ai, de nouveau, raconté mon histoire.
Attentif, il écouta pendant vingt minutes sans prononcer une parole. Puis
il se permit un sourire, plus compatissant que moqueur, même si ses yeux
pétillaient comme un feu d’artifice.
«
Détendez-vous, éloignez toute culpabilité et profitez pleinement… ».
m’a-t-il dit sans une seule pointe d’accent en me laissant seule
sur la table, minimalistement vêtue de six aiguilles d’argents plantées
dans le corps. « …La pièce est totalement insonorisée. »
Depuis, Je vais le voir tous les jours.
L’espace d’une demi-heure divine, Je surfe sur une vague de jouissance, écumante
de plaisir, l’esprit dans les brumes de la chair, les sens générant
des sources de bien être dont j’ignorais l’existence. C’est
prodigieux ce que l’on peut faire avec six petites aiguilles.
Dés qu’elles sont extraites de mon corps, je me sens d’un
calme de sage. Mon mari et moi, avons retrouvé une relation…normale.
L’accouchement est prévu la semaine prochaine. J’ai un peu
d’appréhension en pensant à mon état d’avant
la grossesse…Je ne suis pas convaincue d’avoir envie de revenir en
arrière.
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