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ACTE 4 FICHE n° 08

Semaine 08

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HORMONALEMENT INCORRECTE
Depuis que je suis enceinte, je me contrôle difficilement. Jour après jour, proportionnellement à l’évolution de la grossesse, mon désir de chair masculine s’est amplifié…Au début, je ne m’intéressais qu’aux beaux garçons… Je les allumais du regard, un léger sourire, lèvres entrouvertes pour preuve d’innocence. Mais je ne passais pas à l’acte. Je me contentais de me rattraper bestialement, le soir, avec mon mari qui me découvrit sous un nouveau jour.
Dés le quatrième mois, il Travailla de plus en plus tard le soir pour se défendre de mes appétits. Tentative vaine, je l’attendais impatiemment, quelle que soit l’heure, et ne le laissais s’endormir qu’après mon contentement total.
Il dépérit à vue d’œil. La démone que j’étais buvait sa vie.
J’eus beau lui servir des huîtres, des moules à la crème et au gingembre, arrosé de vins au bouquet magique, etc. Son teint grisonnait et ses yeux bleus imploraient grâce en permanence. Il s’endormait sur son fauteuil devant les actualités, soupirant en gémissant pendant son sommeil, comme un vieux labrador. Notre médecin de famille instaura un couvre-feu : repos et cure de vitamines en tout genre. Je ne voulais pas sa mort,
je l’aimais vraiment.
Vers le sixième mois, la masturbation ne suffit plus à calmer la torture du désir permanent. Je regardais tous les hommes, facteur, boucher, médecin, ami de mon mari, chauffeur de bus, voisins, comme des solutions concrètes. L’âge n’était plus une barrière, le physique non plus. Pas que j’eusse accepté n’importe qui, mais
ma fourchette de sélection s’élargissait avec mon inflammation grandissante.
Je bavais devant la vitrine des plaisirs. Nous voulions un enfant par amour l’un de l’autre, pour donner un prolongement à notre histoire, pour vivre cette expérience de la vie. Jamais je n’avais envisagé que cela me métamorphoserait en nymphomane.
Pour en finir j’ai tout raconté à mon mari et curieusement cela l’a soulagé. Il avait peur de ne jamais avoir décelé mon vrai visage. Après une nuit de débat entrecoupée d’interludes variés, il m’a conseillé de consulter un acupuncteur chinois qu’il connaissait de réputation. Il faisait des miracles dans le milieu sportif.
Avant le premier rendez-vous, je vécus dix-sept jours sur le mont des tentations.
Je devins sensible aux charmes des femmes presque autant qu’à celui des hommes.
C’est à un « Jaky Chang » acupuncteur d’une cinquantaine d’années que j’ai, de nouveau, raconté mon histoire. Attentif, il écouta pendant vingt minutes sans prononcer une parole. Puis il se permit un sourire, plus compatissant que moqueur, même si ses yeux pétillaient comme un feu d’artifice.
« Détendez-vous, éloignez toute culpabilité et profitez pleinement… ». m’a-t-il dit sans une seule pointe d’accent en me laissant seule sur la table, minimalistement vêtue de six aiguilles d’argents plantées dans le corps. « …La pièce est totalement insonorisée. »
Depuis, Je vais le voir tous les jours.
L’espace d’une demi-heure divine, Je surfe sur une vague de jouissance, écumante de plaisir, l’esprit dans les brumes de la chair, les sens générant des sources de bien être dont j’ignorais l’existence. C’est prodigieux ce que l’on peut faire avec six petites aiguilles.
Dés qu’elles sont extraites de mon corps, je me sens d’un calme de sage. Mon mari et moi, avons retrouvé une relation…normale.
L’accouchement est prévu la semaine prochaine. J’ai un peu d’appréhension en pensant à mon état d’avant la grossesse…Je ne suis pas convaincue d’avoir envie de revenir en arrière.